{"id":582,"date":"2025-12-25T19:39:36","date_gmt":"2025-12-25T18:39:36","guid":{"rendered":"https:\/\/yvanleclerc.org\/?p=582"},"modified":"2025-12-25T19:40:30","modified_gmt":"2025-12-25T18:40:30","slug":"guy-pessiot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yvanleclerc.org\/index.php\/2025\/12\/25\/guy-pessiot\/","title":{"rendered":"Guy Pessiot"},"content":{"rendered":"\n<p>Guy, 22 d\u00e9cembre 2025<\/p>\n\n\n\n<p>Celles et ceux qui sont all\u00e9s rendre visite \u00e0 Guy ces derniers mois ont re\u00e7u de lui une le\u00e7on de vie, c\u2019est-\u00e0-dire aussi une le\u00e7on de mort, une le\u00e7on de savoir-mourir, ce qui ne s\u2019apprend pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu es le bienvenu \u00e0 Bois-Guillaume. H\u00f4pital de la Croix Rouge, chemin de la Bret\u00e8que, ligne de bus n\u00b0&nbsp;11, chambre 406. A bient\u00f4t. Bien amicalement, Guy.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Chambre 406, Guy vous accueillait allong\u00e9 sur son lit d\u2019h\u00f4pital, amaigri, immobile comme un gisant sur son tombeau de marbre, mais la parole alerte, l\u2019esprit en mouvement. Le corps l\u2019abandonnait tous les jours un peu plus, mais l\u2019intelligence restait incroyablement aiguis\u00e9e. On lui apporte un tir\u00e9-\u00e0-part de son dernier article paru dans nos Cahiers, \u00ab&nbsp;Les bains de Seine au temps de Gustave Flaubert&nbsp;\u00bb, avec une iconographie comme seul il \u00e9tait capable de la trouver. Les tir\u00e9s-\u00e0-part, on ne fait plus \u00e7a maintenant, trop cher, trop compliqu\u00e9, on envoie aux auteurs leur articles en pdf, mais pour lui, sur son lit d\u2019h\u00f4pital, on avait multipli\u00e9 par dix son article pour qu\u2019il ait quelque chose donner \u00e0 ses visiteurs. Il a eu ce geste&nbsp;: prendre dans ses mains, feuilleter, caresser le papier, respirer l\u2019odeur, le geste gourmand de l\u2019ancien \u00e9diteur qu\u2019il \u00e9tait rest\u00e9. Pourtant tr\u00e8s pr\u00e9sent sur les r\u00e9seaux sociaux, il \u00e9tait un homme de la culture \u00e9crite, du support papier, du patrimoine mat\u00e9riel, des traces concr\u00e8tes, comme en t\u00e9moignent sa collection, ses livres de photos, et le volume sur la maison des Flaubert \u00e0 Croisset, pour lequel il a men\u00e9 \u00e0 bien un travail d\u2019\u00e9quipe, sur plusieurs ann\u00e9es, anim\u00e9 par un projet un peu fou&nbsp;: reconstruire, relever de ses ruines la maison d\u00e9truite, lui redonner du relief \u00e0 partir des images, des dessins, des plans, des t\u00e9moignages et des objets qui restent. C\u2019\u00e9tait au fond le projet symbolique de toute son existence&nbsp;: \u00e0 partir de traces, refaire de la vie. Que les vies disparues soient encore m\u00eal\u00e9es aux n\u00f4tres et \u00e0 celles \u00e0 na\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>On a quitt\u00e9 la chambre 406 de l\u2019h\u00f4pital de la Croix-Rouge en se demandant si c\u2019\u00e9tait vrai, ce qu\u2019on avait entendu dire, qu\u2019il avait diff\u00e9r\u00e9 le d\u00e9but de son traitement pour achever la r\u00e9daction du catalogue de <em>Rouen retrouv\u00e9<\/em>, parce qu\u2019il savait que la chimio lui enl\u00e8verait des forces. Terminer la derni\u00e8re \u0153uvre au risque de compromettre quelques mois de survie, car c\u2019est l\u2019\u0153uvre qui donne du sens, c\u2019est ce qui perdure quand nous disparaissons. Marcel Proust allong\u00e9 sur son lit repousse aussi l\u2019\u00e9ch\u00e9ance jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ait \u00e9crit le mot \u00ab&nbsp;Fin&nbsp;\u00bb sur la derni\u00e8re page du <em>Temps retrouv\u00e9<\/em>. Le catalogue de l\u2019exposition <em>Rouen retrouv\u00e9 <\/em>a \u00e9t\u00e9 pour Guy le dernier livre de sa <em>Recherche du temps perdu<\/em>. Ce qui est s\u00fbr, en tout cas, c\u2019est qu\u2019il a visit\u00e9 cette exposition qui lui doit tant sur un brancard, l\u2019homme couch\u00e9 saluant une derni\u00e8re fois une partie de sa collection debout sur les murs, avec la satisfaction de la partager et la conscience apais\u00e9e que ces photos et ces gravures qu\u2019il a pass\u00e9 sa vie \u00e0 r\u00e9unir ne seraient pas dispers\u00e9es avec ses cendres mais qu\u2019elles resteraient ensemble dans une collection publique.<\/p>\n\n\n\n<p>La chambre 406 a \u00e9t\u00e9 son dernier bureau&nbsp;: sur le dos, il travaillait avec un dispositif qui lui permettait de taper \u00e0 l\u2019envers sur un clavier. Elle a \u00e9t\u00e9 aussi un espace de parole directe et franche avec ses visiteuses et ses visiteurs. De quoi parler avec un homme qui se sait condamn\u00e9 et qui ne se ment pas&nbsp;? Nous, les vivants, nous sommes pudiques et l\u00e2ches devant les mots&nbsp;: nous disons que Guy est mort d\u2019une longue maladie, d\u2019une cruelle maladie. Lui ne faisait pas dans l\u2019euph\u00e9misme ni dans le d\u00e9ni&nbsp;: il nommait les choses, il n\u2019avait pas peur des mots. Il nommait l\u2019amylose, une maladie rare que les m\u00e9decins avaient \u00e9t\u00e9 long \u00e0 diagnostiquer, une sorte de cancer qui s\u2019attaque aux organes les uns apr\u00e8s les autres. Il a regard\u00e9 lucidement la mort en face, comme un philosophe sto\u00efcien, jusqu\u2019\u00e0 choisir le moment de sa fin. Ce qui l\u2019a aid\u00e9 \u00e0 prendre sa d\u00e9cision, c\u2019est peut-\u00eatre une exp\u00e9rience hors norme qu\u2019il avait confi\u00e9e \u00e0 quelques-uns, et qui devrait rester secr\u00e8te s\u2019il n\u2019y avait prescription&nbsp;: il avait v\u00e9cu une EMI. EMI, EMI, Guy expliquait ce que c\u2019\u00e9tait \u00e0 ceux qui ne savaient pas&nbsp;: une exp\u00e9rience de mort imminente, quand on reprend conscience apr\u00e8s un coma avec la sensation d\u2019avoir v\u00e9cu sa propre mort. Il racontait alors qu\u2019il \u00e9tait pass\u00e9 par les phases d\u00e9crites par ceux qui en sont revenus&nbsp;: la vie qui d\u00e9file en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, une musique douce, de la lumi\u00e8re au bout, un sentiment de tranquillit\u00e9, presque du bonheur. Nul doute qu\u2019il est parti volontairement, les yeux ouverts, l\u2019\u00e2me en paix, avec le sentiment du devoir accompli&nbsp;; qu\u2019il est parti rejoindre cette musique douce et cette lumi\u00e8re au bout.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"819\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/3-guy_guy-foulquie-819x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-583\" srcset=\"https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/3-guy_guy-foulquie-819x1024.jpg 819w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/3-guy_guy-foulquie-240x300.jpg 240w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/3-guy_guy-foulquie-768x960.jpg 768w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/3-guy_guy-foulquie-1229x1536.jpg 1229w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/3-guy_guy-foulquie.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 819px) 100vw, 819px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Guy Pessiot au centre. \u00c0 gauche Guy Foulqui\u00e9, \u00e0 droite Guy Lemonnier lisant <em>Miss Harriet <\/em>de Guy de Maupassant (il y avait donc quatre Guy sur la photo), sur la falaise de B\u00e9nouville, pr\u00e8s d&#8217;\u00c9tretat, l\u00e0 o\u00f9 se passe la nouvelle. 15\u00a0avril 2018. Photo Yvan Leclerc.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Guy, 22 d\u00e9cembre 2025 Celles et ceux qui sont all\u00e9s rendre visite \u00e0 Guy ces derniers mois ont re\u00e7u de lui une le\u00e7on de vie, c\u2019est-\u00e0-dire aussi une le\u00e7on de mort, une le\u00e7on de savoir-mourir, ce qui ne s\u2019apprend pas. \u00ab&nbsp;Tu es le bienvenu \u00e0 Bois-Guillaume. 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