{"id":460,"date":"2025-06-22T18:21:42","date_gmt":"2025-06-22T16:21:42","guid":{"rendered":"https:\/\/yvanleclerc.org\/?p=460"},"modified":"2025-07-28T21:55:31","modified_gmt":"2025-07-28T19:55:31","slug":"vieillir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yvanleclerc.org\/index.php\/2025\/06\/22\/vieillir\/","title":{"rendered":"Vieillir"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Chaplin, <em>Les Feux de la rampe<\/em><\/strong> <br>Quand il tourne <em>Les Feux de la rampe<\/em>, son \u00ab&nbsp;film testament&nbsp;\u00bb, Chaplin a pass\u00e9 la soixantaine. Il est temps que le com\u00e9dien fasse un dernier tour de piste. Il s\u2019\u00e9crit le r\u00f4le du clown Calvero qui ne fait plus rire, mais qui refuse la limite d\u2019\u00e2ge&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sous pr\u00e9texte que je vieillis, ils pensent que je suis vieux, que je suis fini.&nbsp;\u00bb Mais le public tire le rideau&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils sont partis avant la fin. Je suis fini.&nbsp;\u00bb Pour faire rire autrefois, il lui fallait boire, mais l\u2019alcool l\u2019a d\u00e9truit&nbsp;; sobre, il ne peut plus faire rire.<br>La vieillesse du com\u00e9dien est redoubl\u00e9e par celle de l\u2019homme, dont une jeune danseuse qu\u2019il a sauv\u00e9e est amoureuse, au point de vouloir l\u2019\u00e9pouser. Le film ne dit pas vraiment ce que ressent le vieil homme&nbsp;: il est conscient qu\u2019il n\u2019est plus <em>aimable<\/em>, que cet amour est de la reconnaissance, de la piti\u00e9 (grande d\u00e9licatesse de Chaplin vis-\u00e0-vis des femmes, au moins dans ses films, toujours respectueux, timide, maladroit). Pour lui redonner confiance, la danseuse organise un spectacle o\u00f9 il brillera&nbsp;: \u00ab&nbsp;une occasion de leur d\u00e9montrer que je ne suis pas encore fini.&nbsp;\u00bb Le spectateur du film rit, mais on ne sait pas si le spectacle dans le film fonctionne, la danseuse ayant pris soin de r\u00e9unir une claque. Dans la grande tradition de Moli\u00e8re, Calvero meurt \u00e0 la fin de son num\u00e9ro, d\u2019une crise cardiaque, coinc\u00e9 dans un tambour de l\u2019orchestre comme dans un cercueil, mais pas exactement sur sc\u00e8ne (il revient saluer les spectateurs et fait rire une derni\u00e8re fois)&nbsp;: il expire dans la coulisse, o\u00f9 on l\u2019a transport\u00e9 pour qu\u2019il voie valser sa danseuse, en inversant une sc\u00e8ne pr\u00e9c\u00e9dente, dans laquelle il faisait le clown \u00e0 son chevet \u00e0 elle, dans une pantomime o\u00f9 elle jouait une mourante. Chaplin rajoute une couche de m\u00e9lancolie et de confusion entre fiction et vie r\u00e9elle en donnant \u00e0 son fils Sydney le r\u00f4le du beau et jeune amoureux de la danseuse. On n\u2019a jamais tourn\u00e9 un film aussi \u00e9mouvant sur le naufrage de la vieillesse (mais le vieil homme garde sa dignit\u00e9, son orgueil, la haute id\u00e9e qu\u2019il se fait du th\u00e9\u00e2tre), par amalgame entre l\u2019auteur, le com\u00e9dien et le personnage, et en multipliant les sc\u00e8nes mises en abyme dans lesquelles Chaplin se montre en train de jouer et de dire adieu \u00e0 ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"769\" src=\"https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/IMG_20250622_184225-1024x769.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-473\" style=\"width:390px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/IMG_20250622_184225-1024x769.jpg 1024w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/IMG_20250622_184225-300x225.jpg 300w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/IMG_20250622_184225-768x577.jpg 768w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/IMG_20250622_184225-1536x1154.jpg 1536w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/IMG_20250622_184225-2048x1539.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Souffrir (par exemple du genou<\/strong>, tout b\u00eatement) consomme beaucoup d\u2019\u00e9nergie, ou plus exactement concentre toute l\u2019\u00e9nergie disponible, physique et mentale, sur la zone douloureuse, comme si le corps tout entier convergeait vers un point unique, obsessionnel, le reste des organes, des pens\u00e9es, se redisposant tout autour. (19 juin 2025)<\/p>\n\n\n\n<p>Robert de Montesquiou consulte le docteur Samuel Pozzi pour sa \u00ab&nbsp;<strong>vitalit\u00e9 de feuille morte<\/strong>&nbsp;\u00bb. D\u2019apr\u00e8s Georges N., conf\u00e9rencier, il souffrait d\u2019\u00e9jaculation pr\u00e9coce. N\u2019est-ce pas plut\u00f4t l\u2019andropause, c\u2019est-\u00e0-dire plus d\u2019\u00e9jaculation tout du tout et un sexe mou&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>13 mai 2024<br>Trouver des p\u00e9riphrases ou des expressions qui, par l\u2019humour, montrent que je ma\u00eetrise encore la situation. Par exemple&nbsp;: ma mati\u00e8re blanche devient grise, et ma mati\u00e8re grise devient noire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les n\u00e9cros du <em>Monde<\/em>, je regarde d\u2019abord la date de naissance dans la <em>short bio<\/em> qui se trouve sous la photo. Oui&nbsp;! la personne est n\u00e9e bien avant moi. Je calcule le nombre d\u2019ann\u00e9es qui me restent. Et sur la photo, la personne fait vraiment plus \u00e2g\u00e9e que moi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Hugo, <em>Les Mis\u00e9rables<\/em><\/strong><br>\u00ab&nbsp;La mis\u00e8re d\u2019un enfant int\u00e9resse une m\u00e8re, la mis\u00e8re d\u2019un jeune homme int\u00e9resse une jeune fille, la mis\u00e8re d\u2019un vieillard n\u2019int\u00e9resse personne. C\u2019est de toutes les d\u00e9tresses la plus froide&nbsp;\u00bb (M.&nbsp;Mabeuf, Quatri\u00e8me partie, Livre neuvi\u00e8me, chap.&nbsp;III, Livre de Poche, t.&nbsp;II, p.&nbsp;1407).<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps, je me suis dit que je lirai l\u2019essai de <strong>Simone de Beauvoir, <em>La Vieillesse<\/em><\/strong>, un pav\u00e9, quand j\u2019aurai l\u2019\u00e2ge. Chaque chose en son temps&nbsp;; il faut qu\u2019une lecture s\u2019impose. Je sens venir le moment. C\u2019est m\u00eame maintenant. Mais aujourd\u2019hui que j\u2019ai le nez dessus, je me demande \u00e0 quoi bon lire un livre sur ce que je connais de l\u2019int\u00e9rieur pour le vivre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai suis \u00e0 faire <strong>des listes de ce que je n\u2019aurai pas le temps de faire<\/strong>, ce qui diminue d\u2019autant le temps qui reste.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe en France des milliers de prix litt\u00e9raires. A-t-on pens\u00e9 au <strong>prix du dernier livre<\/strong>, remis du vivant de l\u2019auteur \u00e0 celui qui s\u2019engagerait \u00e0 ne plus \u00e9crire apr\u00e8s celui-l\u00e0&nbsp;? Un prix Rimbaud ou Philip Roth. Mais on peut craindre qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une promesse d\u2019alcoolique.<\/p>\n\n\n\n<p>Antoine Compagnon a eu la bonne id\u00e9e de consacrer son dernier cours au Coll\u00e8ge de France, avant sa retraite, aux <strong>\u0153uvres de vieillesse<\/strong>&nbsp;: Fins de la litt\u00e9rature, qui a donn\u00e9 un livre&nbsp;: <em>La Vie derri\u00e8re soi. Fins de litt\u00e9rature<\/em>. Sa fin de carri\u00e8re \u00e0 lui co\u00efncide avec son entr\u00e9e \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Ce qui est une mani\u00e8re de d\u00e9jouer la vieillesse en visant \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9. Le visage d\u2019adolescent qu\u2019Antoine Compagnon a conserv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ses derni\u00e8res photos, <strong>G\u00e9rard Genette<\/strong> se cachait derri\u00e8re sa main. Pudeur ou coquetterie de vieil homme (mort \u00e0 88&nbsp;ans), pour cacher ses poches, et m\u00eame ses valises, sous les yeux. Sur Internet, dans Google images, les seules photos de lui qui s\u2019affichent le montrent vieux&nbsp;: il ne semble jamais avoir \u00e9t\u00e9 jeune.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1019\" src=\"https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Genette.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-461\" style=\"width:352px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Genette.jpg 1024w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Genette-300x300.jpg 300w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Genette-150x150.jpg 150w, https:\/\/yvanleclerc.org\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Genette-768x764.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette belle expression de Genette&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e2ge venant, et m\u00eame venu&nbsp;\u00bb, en 4<sup>e<\/sup>&nbsp;de couverture d\u2019<em>Apostille<\/em> (Seuil, 2012), le troisi\u00e8me de la quadrilogie des fragments autobiographiques. Le participe <em>pr\u00e9sent<\/em> a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par le participe <em>pass\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de sa vie, Ch\u00e2teaubriand \u00e9crit <strong><em>La Vie de Ranc\u00e9<\/em><\/strong>, en mani\u00e8re de r\u00e9mission de sa vie p\u00e8cheresse. Relire le beau texte de Barthes sur ce livre. Grand si\u00e8cle que celui o\u00f9 on terminait sa vie par un retour spirituel sur soi pour faire son salut et tenter de gagner le Paradis en se confessant&nbsp;: les d\u00e9bauch\u00e9s se convertissaient, les femmes de mauvaise vie donnaient des exemples de vertu, etc. Aujourd\u2019hui, le seul bilan que l\u2019on fait est mat\u00e9riel&nbsp;: on met ses affaires en ordre en faisant le m\u00e9nage et en allant voir un notaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Antoine me demande&nbsp;: \u00ab&nbsp;Alors, qu\u2019est-ce que \u00e7a fait d\u2019\u00eatre vieux&nbsp;?&nbsp;\u00bb Plus on avance, et plus la v\u00e9rit\u00e9 sort de la bouche des enfants. Le Roi est nu, de plus en plus nu, comme No\u00e9 ivre qui ne cache plus sa nudit\u00e9 \u00e0 ses enfants.<br>Je ne sais plus ce que j\u2019ai r\u00e9pondu. Avec l\u2019esprit d\u2019escalier, j\u2019aurais d\u00fb r\u00e9pondre&nbsp;: on se sent vuln\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p>Lisant le bel essai alerte de Nicolas Bourguinat, <em>L\u2019avenir est gros&nbsp;! Temps, espace et destin\u00e9e dans <\/em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale (La Baconni\u00e8re, 2023), je tombe sur une note (p.&nbsp;97) o\u00f9 l\u2019auteur calcule l\u2019\u00e2ge de Jacques Arnoux au moment des retrouvailles entre Fr\u00e9d\u00e9ric et Marie Arnoux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Or, si Arnoux avait \u201cla quarantaine\u201d au d\u00e9but du roman, en 1840, il a largement atteint les 70&nbsp;ans en 1867, l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 se d\u00e9roule cette rencontre. C\u2019est donc bien un vieillard.&nbsp;\u00bb Un vieillard \u00e0 70&nbsp;ans&nbsp;? Vieux, oui, mais vieillard&nbsp;? Alors, je me dis que l\u2019auteur doit \u00eatre jeune ou qu\u2019il se place du point de vue du XIXe&nbsp;si\u00e8cle, quand l\u2019esp\u00e9rance de vie, vers 60 ans, d\u00e9coupait autrement les \u00e2ges de la vie. Mais quand m\u00eame, le coup est port\u00e9&nbsp;: c\u2019est un homme de 72&nbsp;ans bient\u00f4t qui lit \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>A., le fils d\u2019AB, distribue les cartes en commen\u00e7ant par sa s\u0153ur et en terminant par moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;de la plus jeune au plus vieux&nbsp;\u00bb. Je ne bronche pas.<\/p>\n\n\n\n<p>On se console en r\u00e9p\u00e9tant, et en se r\u00e9p\u00e9tant, cette phrase de je ne sais plus qui (signe de vieillesse), Cocteau peut-\u00eatre (toujours les phrases dr\u00f4les sont de Cocteau)&nbsp;: vieillir, c\u2019est la seule solution qu\u2019on ait invent\u00e9 pour ne pas mourir jeune.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, ce sont toujours les autres qui vieillissent&nbsp;: v\u00e9rit\u00e9 paradoxale, moins vertigineuse que l\u2019inscription grav\u00e9e sur la tombe de Marcel Duchamp, au Cimeti\u00e8re monumental de Rouen&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u2019ailleurs, ce sont toujours les autres qui meurent&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la s\u00e9rie des oublis, ce sont toujours, para\u00eet-il, les noms propres qui partent les premiers. Le commun, le banal, le g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9sistent mieux. C\u2019est le singulier, le particulier, l\u2019individuel qui dispara\u00eet d\u2019abord. L\u2019identit\u00e9&nbsp;: la vieillesse est une perte d\u2019identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Oublieux (oublieuse m\u00e9moire, disait Supervielle, qui ne s\u2019\u00e9crit pas Supervieille), distrait, planant, comme absent \u00e0 soi-m\u00eame&nbsp;: t\u2019inqui\u00e8te pas, disent mes filles qui en savent quelque chose, tu as toujours \u00e9tait comme \u00e7a. Elles veulent me rassurer. C\u2019est gentil. Est-ce rassurant&nbsp;? Peut-\u00eatre que j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 vieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais \u00e9t\u00e9 physionomiste, mais \u00e7a ne s\u2019am\u00e9liore pas. Avec l\u2019\u00e2ge, j\u2019ai moins honte&nbsp;: autrefois, je dissimulais que je ne reconnais pas la personne en la laissant parler jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle donne des indices sur qui elle est. Maintenant, sans honte, je dis&nbsp;: excusez-moi, c\u2019est l\u2019\u00e2ge, un d\u00e9but d\u2019Alzheimer. Il para\u00eet que la facult\u00e9 de reconnaissance des visages est localis\u00e9e dans une zone sp\u00e9cifique du cerveau. Ce serait donc g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Grand int\u00e9r\u00eat pour les \u00e2ges de la vie, ces pyramides<\/strong> qui repr\u00e9sentent les diff\u00e9rentes p\u00e9riodes sur les marches d\u2019un escalier ascendant puis descendant.<\/p>\n\n\n\n<p>Une terrible formule, dans un article sur le \u00ab&nbsp;monstre&nbsp;\u00bb Picasso, dominateur et d\u00e9vorateur de femmes, surtout jeunes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Picasso vieillit&nbsp;; ses compagnes non.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Jeune, on fait de la gym pour se d\u00e9velopper&nbsp;; vieux, pour s\u2019entretenir, limiter la perte.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce beau <strong>sonnet de Ronsard<\/strong>, class\u00e9 dans le chapitre \u00ab&nbsp;Les derniers vers&nbsp;\u00bb du Lagarde et Michard de notre jeunesse estudiantine&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je n\u2019ai plus que les os, un squelette je semble,<br>D\u00e9charn\u00e9, d\u00e9nerv\u00e9, d\u00e9muscl\u00e9, d\u00e9poulp\u00e9,<br>Que le trait de la mort sans pardon a frapp\u00e9&nbsp;;<br>Je n\u2019ose voir mes bras que de peur je ne tremble.<\/p>\n\n\n\n<p>Apollon et son fils, deux grands ma\u00eetres ensemble,<br>Ne me sauraient gu\u00e9rir, leur m\u00e9tier m\u2019a tromp\u00e9.<br>Adieu, plaisant soleil&nbsp;! mon \u0153il est \u00e9toup\u00e9,<br>Mon corps s\u2019en va descendre o\u00f9 tout se d\u00e9sassemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel ami me voyant en ce point d\u00e9pouill\u00e9<br>Ne remporte au logis un \u0153il triste et mouill\u00e9,<br>Me consolant au lit et me baisant la face,<\/p>\n\n\n\n<p>En essuyant mes yeux par la mort endormis&nbsp;?<br>Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis&nbsp;!<br>Je m\u2019en vais le premier vous pr\u00e9parer la place.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Sur Internet, o\u00f9 je r\u00e9cup\u00e8re ce texte, un lecteur qui signe \u00ab&nbsp;Maximuse&nbsp;\u00bb a laiss\u00e9 ce commentaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Texte tr\u00e8s triste, \u00e9mouvant, j\u2019en pleure devant mon \u00e9cran.&nbsp;\u00bb Et encore, il doit \u00eatre jeune. Une autre, sans doute une prof donneuse de le\u00e7on de sens&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le po\u00e8te est en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 mort dans ce po\u00e8me, il se d\u00e9crit ici en tant qu\u2019homme mort. Toujours regarder le moins \u00e9vident dans un po\u00e8me&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mon corps me l\u00e2che mais c\u2019est justement pour \u00e7a qu\u2019il y a des choses que je ne peux voir que maintenant&nbsp;\u00bb, dit <strong>le vieux Hokusai<\/strong>, dans le film d\u2019Hajime Hashimoto (2023).<\/p>\n\n\n\n<p>La publicit\u00e9 cibl\u00e9e rappelle son \u00e2ge \u00e0 l\u2019internaute, par des annonces orient\u00e9es&nbsp;: b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un test auditif gratuit, r\u00e9server sa place en EPHAD, adh\u00e9rer \u00e0 une mutuelle sant\u00e9 seniors, souscrire \u00e0 une garantie obs\u00e8ques pour n\u2019emb\u00eater personne, trouver l\u2019amour \u00e0 pas d\u2019\u00e2ge sur \u00ab&nbsp;adoptunvieux.com&nbsp;\u00bb. Mais comment savent-ils, tous ces marchands de troisi\u00e8me \u00e2ge, que je ne suis plus tout jeune&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019une jeune personne dans un bus se l\u00e8ve et vous c\u00e8de sa place, avec un sourire. Vous h\u00e9sitez \u00e0 refuser, vous vous dites que vous n\u2019\u00eates&nbsp;<em>encore<\/em>&nbsp;ce vieux monsieur prioritaire, avec les femmes enceintes, les handicap\u00e9s, etc. r\u00e9pertori\u00e9s sur la plaque appos\u00e9e entre les si\u00e8ges, que vous ne&nbsp;<em>faites<\/em>&nbsp;pas encore votre \u00e2ge, et puis vous acceptez, ne serait-ce que pour encourager cette jeune personne \u00e0 la civilit\u00e9 la prochaine fois qu\u2019un passager&nbsp;<em>r\u00e9ellement<\/em>&nbsp;vieux aura besoin de s\u2019asseoir.<br>Pire: qu\u2019un vieux, qu\u2019une vieille, plus que vous, vous r\u00e9serve le si\u00e8ge qui vient de se lib\u00e9rer, vous commande de vous y asseoir, en maudissant les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui qui laissent&nbsp;<em>les personnes \u00e2g\u00e9s<\/em>&nbsp;debout.<br>Pire encore&nbsp;: vous vous asseyez, et vous trouvez \u00e7a confortable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaplin, Les Feux de la rampe Quand il tourne Les Feux de la rampe, son \u00ab&nbsp;film testament&nbsp;\u00bb, Chaplin a pass\u00e9 la soixantaine. Il est temps que le com\u00e9dien fasse un dernier tour de piste. 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