{"id":456,"date":"2025-06-19T07:41:22","date_gmt":"2025-06-19T05:41:22","guid":{"rendered":"https:\/\/yvanleclerc.org\/?p=456"},"modified":"2025-06-19T07:42:59","modified_gmt":"2025-06-19T05:42:59","slug":"lovers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yvanleclerc.org\/index.php\/2025\/06\/19\/lovers\/","title":{"rendered":"Lovers"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Amour<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Entre temps, elle avait regard\u00e9 des films pour savoir ce que les hommes aiment, ou plut\u00f4t ce que les films font croire aux hommes qu\u2019ils aiment, et qu\u2019ils finissent pas aimer \u00e0 force de voir les films. (Janvier 2013.) <\/p>\n\n\n\n<p>23\u00a0septembre 2012 <br>Pourquoi parle-t-on si mal de ce qu\u2019on aime\u00a0? <br>Par peur de se trahir\u00a0? D\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9 par l\u2019affectif\u00a0? Par jalousie\u00a0: ne pas rendre d\u00e9sirable ce qu\u2019on voudrait garder pour soi\u00a0? <br>Parler mal, je m\u2019en avise, peut avoir deux sens\u00a0: ne pas trouver les mots, \u00e0 cause de l\u2019\u00e9motion, de la trop grande proximit\u00e9 affective\u00a0; mais aussi dire de mauvaises paroles, parler en mauvaise part, avec l\u2019intention inconsciente de rabaisser ce qu\u2019on aime, de peur d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame d\u00e9pass\u00e9 par son objet d\u2019amour, et que les autres nous en d\u00e9poss\u00e8dent. <\/p>\n\n\n\n<p>Picasso changeait-il d\u2019\u00e9pouse \u00e0 chaque fois qu\u2019il changeait de p\u00e9riode, ou l\u2019inverse\u00a0? <\/p>\n\n\n\n<p>Ne jamais aimer deux personnes portant le m\u00eame pr\u00e9nom. Cette interdiction du <em>doublon<\/em> est-elle \u0153dipienne&nbsp;? c\u2019est-\u00e0-dire ne pas aimer une femme&nbsp;\/ un homme qui porte le pr\u00e9nom du p\u00e8re&nbsp;\/ de la m\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Condition pour aimer une personne&nbsp;: aimer la voix, l\u2019\u00e9criture, \u00e0 la fois la graphie et le style. En cela amour litt\u00e9raire. Une vilaine \u00e9criture est un obstacle \u00e0 l\u2019amour total. La graphologie n\u2019a rien \u00e0 voir l\u00e0-dedans&nbsp;: c\u2019est une question d\u2019esth\u00e9tique, de beaut\u00e9 du geste de la main. La cristallisation peut s\u2019op\u00e9rer \u00e0 distance, sans le visage, par la lettre manuscrite, le t\u00e9l\u00e9phone, ou une mani\u00e8re de dire dans un courriel.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la th\u00e8se de Juliette Azoulai sur Flaubert, cette belle expression \u00e0 rime incluse&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>eros <\/em>f\u00e9roce&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019anticipation du d\u00e9sir (sous forme d\u2019images mentales, de sc\u00e9narios\u2026) tue le d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectre amoureux va de Don Juan le multiple et l\u2019exhaustif (\u00ab&nbsp;cette fille est trop vilaine, il me la faut&nbsp;\u00bb) jusqu\u2019\u00e0 Dussardier, le r\u00e9publicain de <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale&nbsp;<\/em>: \u00ab&nbsp;moi, je voudrais aimer la m\u00eame, toujours&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de son essai <em>De l\u2019amour<\/em>, Stendhal distingue quatre amours&nbsp;: 1\u00b0&nbsp;l\u2019amour-passion&nbsp;; 2\u00b0&nbsp;l\u2019amour-go?&nbsp;; 3\u00b0&nbsp;l\u2019amour physique&nbsp;; 4\u00b0&nbsp;l\u2019amour de vanit\u00e9. Dans chaque colonne, on pourrait mettre des noms. Goethe aussi classait ses amours par cat\u00e9gories.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Lovers<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les lieux s\u2019embo\u00eetaient, se d\u00e9bo\u00eetaient; au bout d\u2019un chemin sans issue, traversant une campagne avec vaches, une maison comme n\u2019importe laquelle, des pi\u00e8ces dans la maison, habituelles, elle dans chaque pi\u00e8ce, alternativement, \u00e0 des heures diff\u00e9rentes du jour, selon les besoins r\u00e9gl\u00e9s du corps et dans elle, en profondeur, des lieux qui s\u2019entr\u2019ouvraient encore, \u00e0 la recherche d\u2019une petite poup\u00e9e centrale, pleine et polychrome (hors d\u2019atteinte). Quand elle n\u2019\u00e9tait pas ailleurs, c\u2019est dans son lisoir qu\u2019on la trouvait, en petit v\u00eatement de femme, ou veste chaude et l\u00e9g\u00e8re d\u2019int\u00e9rieur, sous la reproduction d\u2019un portrait de femme au livre par Renoir (nulle ressemblance), \u00e0 demi allong\u00e9e sur un divan convertible en lit. Des \u00e9tag\u00e8res sans fond, vitr\u00e9es des deux faces, si bien qu\u2019on tirait les livres par la tranche ou dos, coupaient dans la pi\u00e8ce qu\u2019elle appelait living, ou dining, ou siting, un coin, le sien. Son antichambre, c\u2019\u00e9tait son mot, elle baptisait tout d\u2019un autre nom, qui pouvait \u00e0 vue se transformer en chambre, si la lecture basculait soudain. Au rayon inf\u00e9rieur de sa biblioth\u00e8que vitr\u00e9e (quelle b\u00eatise que ces livres sous verre) s\u2019alignaient des dossiers suspendus, c\u00f4t\u00e9 droit, am\u00e9nag\u00e9 en grotte \u00e0 chauve-souris, et de l\u2019autre, des chemises domestiques s\u2019empilaient, de couleurs assorties, et ferm\u00e9es aux angles par des \u00e9lastiques. Chacune portait au dos son nom, moul\u00e9 de sa main en beau corps&nbsp;: imp\u00f4ts, salaire, assurance, ce qui classe. Je lisais \u00e0 la suite, en attendant. Quelle femme d\u2019int\u00e9rieur, quel ordre dans le m\u00e9nage, comme elle administre son petit domaine en ma\u00eetresse de maison, etc. (C\u2019est d\u2019aujourd\u2019hui que datent ces mots bien nets&nbsp;; au temps d\u2019alors, impens\u00e9 et brouillard dans la t\u00eate). Le dernier m\u2019arr\u00eata&nbsp;: LOVERS. C\u2019\u00e9tait \u00e9crit LOVERS, comme \u00e7a, en capitale. M\u00eame une fois relu, le mot rest\u00e9 tel, inchang\u00e9, lovers, en majuscules et avec un s. Elle tenait registre de ses amoureux, avec le sens de l\u2019\u00e9conomie qu\u2019elle mettait dans l\u2019archivage des factures eau, gaz, \u00e9lectricit\u00e9. Pourquoi en anglais&nbsp;? Par code secret, mais ce mot-l\u00e0 est su de tous. Ou par imitation de Stendhal, l\u2019un de ses favoris, passant \u00e0 l\u2019anglais quand l\u2019\u00e9motion dictait&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais moi archiv\u00e9, comptabilis\u00e9, couch\u00e9 l\u00e0, avec quel num\u00e9ro d\u2019ordre, sous combien d\u2019autres&nbsp;? (Ces questions, je me les pose maintenant, mais \u00e0 l\u2019instant il y eut un blanc, pendant qu\u2019elle lisait, en attendant qu\u2019elle l\u00e2che son livre ou qu\u2019en continuant sa main libre s\u2019\u00e9carte, mes yeux pris dans les boucles de ce LOVERS, avec la peur d\u2019\u00eatre enferm\u00e9 dans ce dossier mais la peur plus grande encore de ne pas m\u2019y trouver).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jour-l\u00e0, elle lut jusqu\u2019au bout.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, je sus. C\u2019est LOYERS qu\u2019elle avait \u00e9crit, le jambage du Y coup\u00e9 par la pliure, s\u2019allongeant c\u00f4t\u00e9 couverture. Si bien qu\u2019au dos, du Y ne restait que la forme d\u2019un V. Loyers&nbsp;: elle \u00e9tait locataire de ses maisons successives, une chambre d\u2019\u00e9tudiante, un studio en ville, une maison \u00e0 la campagne. Elle y habitait depuis un an et un jour et r\u00e9glait son loyer \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance, ponctuellement, chaque fin de mois.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Amour Entre temps, elle avait regard\u00e9 des films pour savoir ce que les hommes aiment, ou plut\u00f4t ce que les films font croire aux hommes qu\u2019ils aiment, et qu\u2019ils finissent pas aimer \u00e0 force de voir les films. (Janvier 2013.) 23\u00a0septembre 2012 Pourquoi parle-t-on si mal de ce qu\u2019on aime\u00a0? Par peur de se trahir\u00a0? 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