{"id":348,"date":"2025-05-29T22:19:29","date_gmt":"2025-05-29T20:19:29","guid":{"rendered":"https:\/\/yvanleclerc.org\/?p=348"},"modified":"2025-05-31T15:26:25","modified_gmt":"2025-05-31T13:26:25","slug":"fragments-de-memoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yvanleclerc.org\/index.php\/2025\/05\/29\/fragments-de-memoire\/","title":{"rendered":"Fragments de m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>bouts, bouff\u00e9es de souvenirs<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em><strong>Tour de France<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Regardant le Tour de France, surtout les \u00e9tapes de montagne, quand j\u2019enroulais moi-m\u00eame un tr\u00e8s grand braquet, je me disais&nbsp;: ils le font, ce tour de France, tour de force&nbsp;! Donc, je peux le faire. J\u2019appuyais sur les p\u00e9dales, j\u2019avan\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Anquetil<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je crois avoir aper\u00e7u Jacques Anquetil sur son v\u00e9lo, devant la gare de Poitiers. Son fin profil en lame de couteau. Je dis bien <em>je crois<\/em>, car le peloton est pass\u00e9 si vite. Il \u00e9tait l\u00e0, je retrouve la date et l\u2019occasion, le 30&nbsp;mai 1965 sur le Bordeaux-Paris, qu\u2019il avait gagn\u00e9 24&nbsp;heures apr\u00e8s sa victoire dans le Dauphin\u00e9-Lib\u00e9r\u00e9, un pari fou. Apr\u00e8s, je l\u2019ai retrouv\u00e9 \u00e0 Rouen, en novembre 1987. Impossible de r\u00e9server un h\u00f4tel le jour de son enterrement. Plus tard encore, j\u2019ai cherch\u00e9 la chambre o\u00f9 il \u00e9tait mort d\u2019un cancer de l\u2019estomac \u00e0 la clinique Saint-Hilaire, o\u00f9 j\u2019arpentais les couloirs pour soigner un autre organe. Je crois me souvenir qu\u2019il y a une plaque dans le hall d\u2019entr\u00e9e. Pas s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Farces d\u2019\u00e9t\u00e9<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au Crotoy, pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, on r\u00e9fl\u00e9chissait le soleil avec un bout de glace pour \u00e9blouir les passants de la rue Delan, cach\u00e9 derri\u00e8re un volet au premier \u00e9tage. Un autre jeu consistait \u00e0 laisser tra\u00eener un porte-monnaie dans la ruelle&nbsp;: celui qui se baissait pour le ramasser le voyait partir, tir\u00e9 d\u2019un coup sec. Il se redressait, tout honteux, comprenant la ficelle dissimul\u00e9e dans le sable du sentier et la main cach\u00e9e derri\u00e8re la haie.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Appendicite<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les papiers de mon feu p\u00e8re, je retrouve la date de mon op\u00e9ration de l\u2019appendicite, le 9&nbsp;f\u00e9vrier 1989. Je me souviens que pendant les jours de je\u00fbne obligatoires avant la cicatrisation, dans une grande lucidit\u00e9 mentale due \u00e0 la faim, j\u2019ai construit le plan de <em>Crimes \u00e9crits<\/em>, mon premier livre sur les proc\u00e8s litt\u00e9raires. \u00c0 la t\u00e9l\u00e9, Pierre Guyotat parlait de litt\u00e9rature et d\u2019\u00e9rotisme, regrettant que les femmes n\u2019aient pas un vagin plus profond, ou lui un organe plus long&nbsp;: il aurait aim\u00e9 s\u2019approcher plus pr\u00e8s du c\u0153ur. (22&nbsp;juillet 2019.)<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Monter \u00e0 Paris<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tudiant, <em>montant<\/em> de Poitiers \u00e0 Paris, seul, je me disais qu\u2019il y aurait bien, dans cette ville capitale, une chambre vide qui m\u2019attendait, par exemple sous les combles inoccup\u00e9s d\u2019un b\u00e2timent public, mus\u00e9e ou minist\u00e8re. Je m\u2019y introduirai par effraction, vivrai cach\u00e9, ignor\u00e9 de tous, sortant la nuit, \u00e9crivant le jour, devenant d\u2019un coup si c\u00e9l\u00e8bre par mon premier livre, peut-\u00eatre un roman, que, fortune faite, on viendra m\u2019offrir un logement somptueux dans ce m\u00eame b\u00e2timent, j\u2019attendrai qu\u2019on insiste, par exemple le logement de fonction inoccup\u00e9 avec vue sur Seine, un salon ferm\u00e9 pour travaux, un atelier de restauration ou une aile enti\u00e8re interdite \u00e0 la visite.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Carte de France<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La carte de France tenait dans le cartable. Une carte en plastique, les fleuves en creux, on les suivait avec une pointe bic, et le trac\u00e9 se marquait sur la feuille. Rassurant, \u00e0 port\u00e9e de main, elle \u00e9tait n\u00f4tre, comme ce jardinier du Roi qui s\u2019appelait Le N\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces cartes ont d\u00fb faire beaucoup dans le sentiment patriotique&nbsp;: on pouvait s\u2019approprier la France.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Transistor<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amie D sort son transistor. Aussit\u00f4t, une histoire me revient.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9coutant \u00ab&nbsp;Quitte ou double&nbsp;\u00bb sur Radio-Luxembourg, toute la famille autour du gros poste \u00e0 \u0153il vert. C\u2019\u00e9tait la finale. Le candidat revenait pour la 4<sup>e<\/sup>&nbsp;semaine cons\u00e9cutive. Il s\u2019appelait Emerich Bognar, ou quelque chose de ce genre (oui, je retrouve son nom par Google). Un mineur polonais, incollable. C\u2019\u00e9tait la France, capable d\u2019int\u00e9grer un travailleur \u00e9tranger, de l\u2019exploiter et en m\u00eame temps de le pr\u00e9senter comme exemple de la r\u00e9ussite de la France. Mais il fallait partir au Crotoy, sans poste. On ne saurait pas s\u2019il avait gagn\u00e9 ou perdu, doubl\u00e9 ou quitt\u00e9. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e, la m\u00e8re a sorti de son sac un poste \u00e0 transistor, bleu et blanc. Des piles. En \u00e9crivant cela, une boule me monte \u00e0 la gorge, l\u2019angoisse du joueur. Les larmes viennent aux yeux. Pourquoi&nbsp;? Radio-Luxembourg a choisi Lipp. Genevi\u00e8ve Tabouis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous viendrez \u00e0 savoir\u2026&nbsp;\u00bb La famille Duraton, Jean Carmet. Ma d\u00e9ception quand je l\u2019ai rencontr\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>bouts, bouff\u00e9es de souvenirs Tour de France Regardant le Tour de France, surtout les \u00e9tapes de montagne, quand j\u2019enroulais moi-m\u00eame un tr\u00e8s grand braquet, je me disais&nbsp;: ils le font, ce tour de France, tour de force&nbsp;! Donc, je peux le faire. J\u2019appuyais sur les p\u00e9dales, j\u2019avan\u00e7ais. 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