{"id":340,"date":"2025-05-29T21:57:21","date_gmt":"2025-05-29T19:57:21","guid":{"rendered":"https:\/\/yvanleclerc.org\/?p=340"},"modified":"2025-06-19T07:40:07","modified_gmt":"2025-06-19T05:40:07","slug":"la-trezieme-revient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yvanleclerc.org\/index.php\/2025\/05\/29\/la-trezieme-revient\/","title":{"rendered":"La treizi\u00e8me revient"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">n \/ 13<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Premi\u00e8re<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re-l\u00e0, je me le rappelle, il s\u2019en trouve un r\u00e9cit mot \u00e0 mot dans un journal du temps, sans publicit\u00e9. Elle a laiss\u00e9 une trace, qu\u2019on peut suivre. \u00c9crite, tatou\u00e9e \u00e0 m\u00eame la peau (je me revois baissant la t\u00eate vers l\u2019apparition des stigmates, mais rien), puis couch\u00e9e en un seul exemplaire, sur papier extra-strong filigran\u00e9 (\u00e0 l\u2019\u00e9poque, je disais filigramme), \u00e0 usage interne. Mais o\u00f9 la chercher dans le moment que le besoin s\u2019en fait sentir d\u2019y retourner&nbsp;? Et de quoi l\u2019on se souvient, au juste dans l\u2019histoire, de celle qui s\u2019est jou\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re seconde, ou des mots venus la couvrir apr\u00e8s coup. Elle est rang\u00e9e l\u00e0-haut, la coupure, dans un cercueil en carton archiv\u00e9 ann\u00e9e 197*.&nbsp;S\u2019y recoller s\u00e9ance tenante, \u00e0 l\u2019\u00e9criture, c\u2019est encore le plus court de remettre la main dessus. Si la vieille coupure refait surface, au prochain d\u00e9rangement, on pourra comparer les versions, le premier jet et la resuc\u00e9e, mot \u00e0 mot, on prend le pari, les deux viendront en superposition exacte de calque, \u00e0 la virgule, \u00e0 l\u2019espace pr\u00e8s entre les lettres. Car il n\u2019est pas trente-six mani\u00e8res de raconter ce qui une fois eut lieu, d\u00e9finitivement unique, la premi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019accomplit l\u00e0 o\u00f9 c\u2019\u00e9tait programm\u00e9 depuis des saisons&nbsp;: dans le triangle de trois sur trois sur deux (petit c\u00f4t\u00e9 orient\u00e9 au Nord) d\u2019une sc\u00e8ne d\u00e9limit\u00e9e au crayon et la r\u00e8gle solitairement en C&nbsp;6. J\u2019avais r\u00e9p\u00e9t\u00e9 le trajet, depuis la chambre de Province d\u2019o\u00f9 je montais, on descend \u00e0 ce rond rouge, on prend la ligne&nbsp;X jusqu\u2019\u00e0 l\u2019autre rond rouge, on suit trois rues, on &nbsp;enfile un passage, on monte \u00e0 la pointe bic jusqu\u2019\u00e0 la tache verte d\u2019un square, c\u2019est l\u00e0, le triangle en gris\u00e9 sur fond de carr\u00e9 blanc, \u00e0 cheval sur une pliure fatigu\u00e9e, on voit au travers ce qui la soutient. La confiance qu\u2019on a jeune dans les cartes&nbsp;: qu\u2019elles soient le territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00eave c\u2019\u00e9tait en moi une sc\u00e8ne au bord de la Seine, sans autre r\u00e9alit\u00e9 d\u2019abord que ce jeu sur le mot. Puis tout prit corps, \u00e0 l\u2019instant de tomber dans la ville de pierre aux toits de plomb et zinc. Je le r\u00e9p\u00e9tais, mon r\u00f4le, l\u2019\u00e9ternel, qu\u2019on m\u2019avait distribu\u00e9, celui du Pierrot. Sous la douche, savonnant l\u00e0 o\u00f9 il faut, en solitaire, je m\u2019entendais donner des r\u00e9pliques au partenaire, d\u2019apr\u00e8s un canevas une fois pour toute&nbsp;; l\u2019\u0153il rest\u00e9 en coulisse je me voyais bouger dans une mise en sc\u00e8ne par moi r\u00e9gl\u00e9e. A la fin des actes, \u00e7a me composait une vie, puis une autre, une autre, avec des pr\u00e9noms qui consonaient \u00e0 chacune. Tous ceux, figurants et ex\u00e9cutants, pass\u00e9s par l\u00e0, vous le diront. Ce qui n\u2019a lieu qu\u2019une fois et ne vit que par improvisation est la forme la plus difficile, \u00e0 cause de l\u2019\u00e9chauffement qu\u2019on doit pousser juste ce qu\u2019il faut avant d\u2019entamer l\u2019\u00e9nergie compt\u00e9e de la s\u00e9ance. L\u2019angoisse allait en serrant, gonflant l\u2019espace ouvert devant, en marche, redoubl\u00e9e de ce que l\u2019anticipation mentale de la chose pouvait m\u2019en priver, et tout remettre \u00e0 la prochaine sortie.<\/p>\n\n\n\n<p>La peinture s\u2019exposait, en ce temps-l\u00e0. \u00c0 trente secondes d\u2019\u00e9moi l\u2019un, avan\u00e7ant puis reculant comme \u00e0 la fois myope et presbyte, devant une galerie de tableaux, je me colorais.<\/p>\n\n\n\n<p>La rue (de pierre) montait, on ne pouvait pas deviner sur le plan \u00e0 plat&nbsp;; le trottoir roulait, dans le sens de la marche, un pas en avant et c\u2019est en soi qu\u2019on le fait, de plein pied, entrant petitement dans une vie d\u2019homme, la porte s\u2019ouvrait, \u00e9tait ouverte, on enfon\u00e7ait une porte ouverte (les mots aussi venaient seuls, tout faits).<\/p>\n\n\n\n<p>En avant se tenait grande et le regard loin une statue de d\u00e9esse pa\u00efenne dont m\u00eame \u00e0 la toucher on ne pouvait trancher si elle \u00e9tait de chair fig\u00e9e ou de cire vivante. On ne franchit pas ces seuils <em>d\u2019une excitabilit\u00e9 particuli\u00e8re<\/em> sans le frisson intercostal par o\u00f9 fait signe un autre monde.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait un th\u00e9\u00e2tre de rue, l\u2019action se d\u00e9pla\u00e7ait, entrait sortait, inversait cour et jardin, Christ et J\u00e9sus, parterre et paradis sens dessus dessous (\u00e0 l\u2019\u00e9poque, j\u2019\u00e9crivais sans dessus dessous, s\u2019il y a une diff\u00e9rence, elle est l\u00e0, entre ce <em>a<\/em> et ce <em>e<\/em>). Les transferts d\u2019un plateau \u00e0 l\u2019autre prenaient autant d\u2019importance que le jeu proprement dit&nbsp;; c\u2019\u00e9tait le jeu tout entier qui ne consistait qu\u2019en cela, passer d\u2019un lieu sc\u00e9nique au suivant. On montrait les coulisses, les machines d\u2019o\u00f9 sortaient les dieux, les d\u00e9cors se changeaient \u00e0 vue. Rien du vieil envers n\u2019\u00e9tait plus cach\u00e9. En ces temps de neuf, on disait happening, intraduisible. Les antiques salles \u00e0 velours tach\u00e9 de rouge sang, fauteuils crev\u00e9s qui couinent quand on change de fesse, trou du souffleur, rideaux qu\u2019on \u00e9carte d\u2019un doigt avant le lever, herse et rampe que les cabotins de boulevard ne passaient plus, tout l\u2019appareil fan\u00e9 accueillait les jeunes troupes fra\u00eechement mont\u00e9es de Province, apr\u00e8s Moli\u00e8re. L\u2019espace sc\u00e9nique tournait, nous autour, sur des poufs en moleskine rouge pareil, pench\u00e9s sur un trou centr\u00e9 comme d\u2019un cirque, ou plut\u00f4t cendr\u00e9 ou encore sciur\u00e9 (de ce bois qui au sol des boucheries boit le sang). Ou renvers\u00e9s, nous autres spectateurs, projet\u00e9s cette fois au milieu d\u2019un dispositif circulaire mobile nous dominant, en surplomb vertigineux de tous les c\u00f4t\u00e9s en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un coup, de spectateurs que vous \u00e9tiez, c\u2019\u00e9tait brusquement \u00e0 vous la parole, sans pr\u00e9paration, \u00e0 vous de la prendre en public, \u00e0 vous le r\u00f4le insue, la r\u00e9plique \u00e0 donner, somm\u00e9 d\u2019entrer dans le jeu, sinon le blanc, le trou, regard\u00e9 \u00e0 nu par des yeux deux fois plus nombreux que les corps. On \u00e9tait li\u00e9s d\u2019une fraternit\u00e9 n\u00e9gative, o\u00f9 se m\u00ealaient la raillerie de la victime d\u00e9sign\u00e9e, l\u2019admiration si elle s\u2019en tirait, la terreur que le tour d\u2019apr\u00e8s ce f\u00fbt soi.<\/p>\n\n\n\n<p>On attendait la nuit tomb\u00e9e que commen\u00e7\u00e2t la f\u00e9erie. Quand les r\u00e9verb\u00e8res s\u2019allumaient, c\u2019\u00e9tait le signal prononc\u00e9. Un rabatteur se dressait, bonimentait, mentait.<\/p>\n\n\n\n<p>Entrez entrez et vous verrez.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans ajouter ni que ni quoi, on verrait ce qu\u2019on allait voir. On se formait dans la t\u00eate des images de foire, des ph\u00e9nom\u00e8nes, femme \u00e0 barbe, soeurs siamoises au sexe pour deux, derri\u00e8re un rideau qui s\u2019\u00e9cartait d\u2019un doigt sur du noir, avec l\u2019emphase du bras prolong\u00e9 d\u2019une baguette. Entr\u00e9e libre, on ne s\u2019exon\u00e8re qu\u2019en sortant. Les trois coups n\u2019\u00e9taient vraiment frapp\u00e9s qu\u2019\u00e0 la condition ordinairement de mise au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: qu\u2019il n\u2019y ait pas moins de spectateurs en salle que d\u2019acteurs sur sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Celle-ci, \u00e0 la caisse, non ce n\u2019est pas votre m\u00e8re. M\u00eame si vous br\u00fble de lui poser la premi\u00e8re question rituelle&nbsp;: <em>\u2014 Maman, saurais-tu par hasard o\u00f9 je demeure&nbsp;?<\/em>Ce voisin attabl\u00e9, accabl\u00e9, qui ne sut pas son r\u00f4le le moment venu, il lui ressemble, mais ce n\u2019est pas lui, le p\u00e8re, ou alors lui plus jeune, tr\u00e8s jeune, tellement jeune que m\u00e9connaissable tel qu\u2019il \u00e9tait avant que vous ne soyez, ni la prima donna votre s\u0153ur (car pourquoi si oui demanderait-elle comment c\u2019est, votre petit nom, en \u00e9change du sien, Francine dit-elle, et ce que je faisais, dans l\u2019import-export selon moi), m\u00eame si vous n\u2019auriez pas \u00e9t\u00e9 autrement \u00e9tonn\u00e9 de les retrouver l\u00e0, ces proches laiss\u00e9s loin derri\u00e8re (qui dormaient \u00e0 cette heure), par la fatalit\u00e9 d\u2019un trajet circonvolutif.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier soir, rien n\u2019arriva qu\u2019en rez-de-chauss\u00e9e, o\u00f9 se dit le prologue. Car l\u2019ouvreuse, la chienne, n\u2019accepta ni la montre (en cadeau de communion) ni la carte d\u2019identit\u00e9, avec le vrai nom, que je voulus laisser en gage. Mont\u00e9 du Sud, je ne savais pas les prix, ni qu\u2019on ne paie pas en entrant une fois pour toutes, mais comme on monte les ench\u00e8res entre chaque acte pour conna\u00eetre la suite jusqu\u2019\u00e0 la catastrophe finale, o\u00f9 se d\u00e9noue le sujet. C\u2019est le prix fort qu\u2019il fallait acquitter, en coupures de mille. J\u2019empruntais \u00e0 un couple d\u2019honn\u00eates bourgeois qui veillaient \u00e0 mon \u00e9ducation depuis le judas d\u2019une porte blind\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, j\u2019allais droit mon chemin, en aveugle sans canne, vers cette seconde premi\u00e8re. L\u2019ouvreuse ne se souvenait de rien (figurant sans figure j\u2019\u00e9tais), la montre, la carte d\u2019identit\u00e9, d\u2019identit\u00e9, moi, l\u00e0, non, \u00e7a ne lui disait rien. Elle faisait non de la t\u00eate en laissant place aux autres. Pr\u00e8s de la caisse, un petit homme, pas vu la veille, moiti\u00e9 r\u00e9gisseur, moiti\u00e9 photographe de plateau&nbsp;: il avait en charge l\u2019image de la maison. En repr\u00e9sentation, comme un chacun, il se brossait \u00e0 grands \u00e0-plats des tableaux int\u00e9rieurs. Il avait un collier de barbe, de larges bords \u00e0 son chapeau et un tabouret sous les fesses&nbsp;: d\u2019avoir pos\u00e9 les pieds sur les barreaux ne lui faisait pas plier les jambes. On l\u2019appelait Monsieur le comte. \u00ab&nbsp;Elles, elles vivent&nbsp;\u00bb, disait-il en montrant des mannequins.<\/p>\n\n\n\n<p>La prima donna dit s\u2019appeler toujours Francine, pas de France comme on pourrait croire, mais pas loin, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, en Belgique, Namur, plus haut (geste, vers les cintres). Elle avait mis une fronti\u00e8re (disait-elle dans sa sc\u00e8ne d\u2019exposition) entre sa famille et la honte d\u2019une fille sur les planches. Elle montait un escalier&nbsp;\/ d\u00e9rob\u00e9, celui des premiers vers d\u2019<em>Hernani<\/em>, en braquant dans son bas de dos une torche. Un rond de clart\u00e9 jaune tombait sur le talon de sa chaussure rouge, qui d\u00e9couvrait \u00e0 chaque marche un sparadrap coll\u00e9 sur la r\u00e9sille d\u2019un bas fil\u00e9, stopp\u00e9 au vernis \u00e0 ongle. Deux pieds se mettaient dans les siens, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre intersectant le rond de clart\u00e9, les miens, s\u2019agitant sous moi. Elle allait devant, tra\u00e7ant la voie, vous introduisant sans mot \u00e0 un autre espace circulaire, plus petit ainsi qu\u2019un boudoir. La sc\u00e8ne alors repr\u00e9sentait une chambre, aux murs rechampis, artistement d\u00e9grad\u00e9s en plaques tombantes o\u00f9 l\u2019on pouvait recomposer des figures d\u2019avant l\u2019abstraction. On se fendait d\u2019un ultime pourboire, elle s\u2019\u00e9tonnait que vous n\u2019ayez pas encore de fianc\u00e9e, \u00e0 votre \u00e2ge. Son monologue sortait des livres qui faisaient pleurer les fins de si\u00e8cle, et d\u00e9bit\u00e9 sans forcer qu\u2019on y croie.&nbsp; Elle jouait dans l\u2019\u00e9ternelle fille s\u00e9duite, qui se saigne aux quatre veines pour gagner quatre sous (j\u2019ai retenu ce pauvre vers blanc).<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant son apart\u00e9, je la regardais de dos dans les miroirs en face et sur les deux profils, comme pour une prise anthropom\u00e9trique, si bien que l\u2019on recomposait une t\u00eate totale, d\u00e9pli\u00e9e, et soi par-dessus l\u2019\u00e9paule, \u00e0 trois m\u00e8tres derri\u00e8re, refl\u00e9t\u00e9 comme tout pr\u00e8s, \u00e0 toucher sa chair. Dans le palais des glaces o\u00f9 elle m\u2019entra\u00eena, elle famili\u00e8re des labyrinthes de verre, quelles bosses au front, dans les vitres qui s\u00e9paraient d\u2019elle (c\u2019est ce soir-l\u00e0 qu\u2019en rentrant j\u2019ajoutai le codicille&nbsp;: \u00eatre enterr\u00e9 sur le ventre, face contre un miroir).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exit impossible \u00e0 trouver, et \u00e0 chaque pas de c\u00f4t\u00e9, la petite piq\u00fbre \u00e9lectrique des cl\u00f4tures \u00e0 vaches.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses semblables jouaient nues, \u00e0 ce moment de la pr\u00e9sentation, mais elle non, elle restait couverte, elle demandait la permission de rester couverte, une grave br\u00fblure. Janine Charat, j\u2019\u00e9tais trop jeune pour m\u2019en souvenir. C\u2019est depuis que les danseuses en tutus d\u2019amiante tournoient entre les flambeaux \u00e9lectriques des planches ignifug\u00e9es. Apr\u00e8s les applaudissements qui soldaient l\u2019op\u00e9ra total (\u00e0 quoi donc sert la claque, sinon briser l\u00e0 l\u2019illusion, n\u00e9gocier la sortie d\u00e8s le dedans du lieu o\u00f9 cela s\u2019est accompli), je la vis, l\u2019\u0153il en coulisse, se laver ce qu\u2019on se lave, d\u2019un geste quotidien au bord d\u2019une cuvette, et d\u00e9voilant, de haut en bas, des cheveux blonds, des aisselles brunes et du roux \u00e0 la touffe, sans qu\u2019on sache, \u00e0 la racine, quelle fausse elle \u00e9tait.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait jou\u00e9. L\u2019auteur apparaissait pour prier le public de pardonner ses d\u00e9fauts.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a s\u2019\u00e9coulait du th\u00e9\u00e2tre par les vomitoires, purg\u00e9s qu\u2019on \u00e9tait tous \u00e0 l\u2019antique par les deux ressorts d\u00e9tendus de la terreur et de la piti\u00e9 pour le peu qu\u2019on \u00e9tait, le c\u0153ur rendu brusquement g\u00e9n\u00e9reux sans rien \u00e0 donner (sinon cette tranche de coco frais tendue \u00e0 une qui fit signe, l\u2019intermittente du spectacle sans r\u00f4le ce soir-l\u00e0 qu\u2019attendre, tout ce qui me restait), le c\u0153ur l\u00e9ger. Pour un peu, on se serait cru un fr\u00e8re. Chacun (les deux sexes, v\u00eatus de v\u00eatements unisexes) tentait pour soi une sortie, ou la perc\u00e9e, de biais, en direction des lignes o\u00f9 s\u2019agitaient les assi\u00e9geants des temps durs, peut-\u00eatre des figurines dispos\u00e9es en leurre par l\u2019ennemi. On retombait apr\u00e8s coup de ce c\u00f4t\u00e9-ci, vid\u00e9s \u00e0 blanc, d\u00e9barrass\u00e9s du vieil \u0153il, libres d\u2019esprit dans un corps sans organes. Une heure, une journ\u00e9e, plus, le d\u00e9lai variait d\u2019une tentative \u00e0 l\u2019autre, le temps que se rechargent les \u00e9nergies, une chose \u00e9tait s\u00fbre, qu\u2019on recommencerait.<\/p>\n\n\n\n<p>Prol\u00e9taires de nos corps, pensai-je des pauvres de nous, rentrant t\u00eate baiss\u00e9e et pieds gourds \u00e0 cette heure sans taxi, modernes esclaves d\u2019aucun ma\u00eetre, sans autre force que nos vies d\u00e9faillantes. Un type d\u00e9pit\u00e9 dans une vitrine venait en travers de la rue, me collait de pr\u00e8s, c\u2019\u00e9tait moi, celui de la carte d\u2019identit\u00e9. La nuit formait tain, les \u00e9toiles des ast\u00e9risques et la lune un C majuscule, comme un mot commen\u00e7ant par C mais lequel. Je d\u00eenais de moules et de frites, belges. Dans un haut-parleur qui diffusait tout bas \u00e0 cette heure, la m\u00e9t\u00e9o marine annon\u00e7ait des vents force&nbsp;5 mollissant force&nbsp;3, un \u0153il de cyclone se d\u00e9pla\u00e7ant le long d\u2019une dorsale, une d\u00e9pression au large.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le trottoir, le jeune premier saluait la couturi\u00e8re qui se rendait chez la G\u00e9n\u00e9rale de ***. Le prote press\u00e9 partait corriger les premi\u00e8res, \u00e0 peine s\u00e8ches. Je r\u00e9fl\u00e9chis alors \u00e0 l\u2019ironie s\u00e9rieuse de la langue, la <em>premi\u00e8re <\/em>&nbsp;n\u2019arrivant qu\u2019au terme d\u2019innombrables r\u00e9p\u00e9titions sans public. Le chroniqueur r\u00e9digea d\u2019un seul jet son compte rendu, que l\u2019on put lire dans le journal du lendemain (rubrique&nbsp;: th\u00e9\u00e2tre), en tous points superposable \u00e0 celui-ci, comme on a pu le constater.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Nouvelle revue fran\u00e7aise<\/em>, n\u00b0&nbsp;506, mars 1995, p.&nbsp;53-59, sous le pseudonyme de Philippe Belval.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>En seconde<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Comme ces livres de prix qu\u2019on re\u00e7oit sans les ouvrir, elle sortait \u00e0 la rentr\u00e9e. L\u2019ann\u00e9e, autrement rythm\u00e9e, commen\u00e7ait pour nous en septembre, le neuvi\u00e8me \u00e9tait le premier. On \u00e9crivait sur les feuilles tomb\u00e9es dans les cours. Nul parmi les anciens n\u2019aurait manqu\u00e9 le jour de l\u2019ouverture de classe. L\u2019effectif croissait \u00e0 chaque automne, impossible \u00e0 chiffrer, de ce cours priv\u00e9. Quand on y entrait une fois, on ne le quittait plus. C\u2019\u00e9tait moins une classe qu\u2019une amicale d\u2019anciens et de nouveaux, r\u00e9unis, solidement li\u00e9s par un esprit de corps. La ma\u00eetresse montait en chaire, une marche plus haut, nous assis \u00e0 ses genoux. Sous ses pieds, s\u2019\u00e9tendait l\u2019estrade et se creusait un cachot. Elle avait tendu un drap o\u00f9 elle \u00e9crivait du bout du doigt.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment on \u00e9tait l\u00e0, les uns pr\u00e8s des autres par deux, en rangs serr\u00e9s, c\u2019\u00e9tait simple, les anciens qui se connaissaient entre eux et les tout nouveaux qu\u2019elle pr\u00e9sentait, qu\u2019il faudrait tutoyer, consid\u00e9rer bient\u00f4t comme d\u2019ancien nouveaux. Car les aim\u00e9s d\u2019elle devaient s\u2019aimer entre eux, dans une classe \u00e0 bonne ambiance, o\u00f9 r\u00e8gne une franche \u00e9mulation, pass\u00e9 le bizutage. Mes aim\u00e9s sont les aim\u00e9s de mes aim\u00e9s, c\u2019\u00e9tait la maxime qu\u2019elle portait sur le drap tendu.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment on \u00e9tait l\u00e0, c\u2019\u00e9tait simple, recrut\u00e9 chacun par voie de petite annonce, ainsi con\u00e7ue&nbsp;: JF, nel mezzo del cammin, libertissima, ma\u00eetresse \u00e0 l\u2019ancienne \u00e9cole, mens sana in corpore sano, ex-normalienne normale, machos et fachos s\u2019abst. Envoy. lettre manus.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela passait par l\u2019\u00e9criture. C\u2019\u00e9tait dans les signes \u00e9crits qu\u2019elle voyait le caract\u00e8re. La graphologie, non, elle laissait cette niaiserie aux agents recruteurs, elle voulait simplement la beaut\u00e9 du geste qui trace, l\u2019\u00e9l\u00e9gance des jambages, des boucles. Elle prenait ceux (la s\u00e9lection \u00e0 l\u2019entr\u00e9e \u00e9tait tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re) qui ressemblaient \u00e0 leur corps d\u2019\u00e9criture, en chair et en os, qui avaient les jambes de leurs jambages, les boucles de leurs boucles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 sa barbe, on se faisait passer les cartes postales brillantes qu\u2019elle avait envoy\u00e9es au long de l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;: c\u2019\u00e9tait la m\u00eame \u00e0 chacun, du m\u00eame lieu, affranchie du m\u00eame timbre et portant un texte unique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les mots au verso ne peuvent que confirmer la vue au recto. Tout est beaut\u00e9. Live and love. Sign\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La le\u00e7on de choses commen\u00e7ait. Elle disposait ses crayons et r\u00e8gles, croisait haut ses jambes derri\u00e8re le bureau \u00e0 claire-voie, parlait en s\u2019\u00e9coutant. Le premier exercice, c\u2019\u00e9tait la dict\u00e9e du jour. Les mots volaient par-dessus toutes ces t\u00eates, quelques-unes chauves d\u00e9j\u00e0, pench\u00e9es, langues tir\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 l\u00e9cher, par application. Elle choisissait ses dict\u00e9es pour leurs pi\u00e8ges, elle en composait elle-m\u00eame aux tortures raffin\u00e9es, avec des accords impossibles, des exceptions \u00e0 la r\u00e8gle, des suites d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre homophones, qu\u2019\u00e0 l\u2019oreille on ne sait comment \u00e9crire. C\u2019\u00e9tait sa vraie jouissance, qui nous d\u00e9sesp\u00e9rait de comprendre un jour&nbsp;: faire des mots une surface sonore, sans rien dessous, rien qu\u2019un chatoiement. On se repassait d\u2019une ann\u00e9e sur l\u2019autre, les anciens aux nouveaux, ses bons mots, aux vacances de printemps, elle souhaitait des p\u00e2ques beaux, puis de bien monter la pente-c\u00f4te. Voyait-elle nos sourires de complaisance, qui appelaient un regard&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Deux fois plus d\u2019yeux qu\u2019il y avait de bouches se tendaient vers elle, sa blondeur de blonde, aussi blonde qu\u2019une autre serait brune. Mais elle, du haut de sa chaire, regardait sans voir, elle embrassait une classe anonyme d\u2019un coup d\u2019\u0153il nivelant sans s\u2019arr\u00eater sur lui ou lui, afin qu\u2019aucun ne p\u00fbt se pr\u00e9tendre avec preuves le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux dict\u00e9es (que d\u2019exercices \u00e0 copier, que de fautes lourdes comme des p\u00e9ch\u00e9s) succ\u00e9dait la morale du jour. Elle \u00e9crivait sur le drap tendu une maxime, au bout du doigt. Ce jour-l\u00e0, le second&nbsp;: la seule profondeur est en surface. Puis expliquait, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9pliait devant nous, mettait \u00e0 plat ce qu\u2019on avait pris pour du volume, ramenait les trois dimensions sur le plan. Son corps parlait pour elle, d\u00e9montrait la v\u00e9rit\u00e9 de sa morale&nbsp;: elle \u00e9tait surface, p\u00e9n\u00e9trerait-on son corps dans sa suppos\u00e9e profondeur qu\u2019on effleurerait des plis et des replis de muqueuses \u00e0 d\u00e9plier, des organes \u00e0 extravertir. Le trou n\u2019est encore qu\u2019une surface rentr\u00e9e, emboutie.<\/p>\n\n\n\n<p>Venait enfin la logique, l\u2019<em>argumentatio<\/em>, o\u00f9 l\u2019on apprenait comment passer du contre au pour au tout contre, afin de se trouver toujours d\u2019accord avec le dernier \u00e0 parler.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019heure de la r\u00e9cr\u00e9ation, elle rejoignait ses compagnes, les n\u00f4tres. Et l\u00e0 s\u2019amusaient, parlaient, vivaient, dans leur \u00e9l\u00e9ment, f\u00e9minin exclusivement. Alors lentement, germait dans le cerveau proto-historique des m\u00e2les la grande le\u00e7on qu\u2019elle donnait sans la faire&nbsp;: ses \u00e9l\u00e8ves croyaient que la ma\u00eetresse c\u00f4toyait leurs compagnes par commodit\u00e9, mais c\u2019\u00e9tait l\u2019inverse, elle passait par eux, c\u2019\u00e9tait la loi de l\u2019esp\u00e8ce, pour se rapprocher d\u2019elles, les femmes. Entre elles, elles sororisaient, s\u2019en allaient bras dessus bras dessous sous de frais ombrages, \u00e0 rire d\u2019on ne savait qui ; les hommes croyaient que les femmes entre elles parlaient d\u2019eux, leurs hommes, mais non, elles parlaient d\u2019elles, uniquement d\u2019elles et de leur m\u00e8re aussi, cela les liait, leur m\u00e8re qui vieillissait, allait bient\u00f4t mourir, se mourait, \u00e9tait morte, \u00e9tait bien fleurie. Elles \u00e9taient quatre s\u0153urs, les s\u0153urs Ser\u00e9gouf, veuves, divorc\u00e9es ou s\u00e9par\u00e9es, \u00e9liminant les m\u00e2les sit\u00f4t apr\u00e8s l\u2019accouplement, qui produisait un rejeton femelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, o\u00f9 \u00e9taient-ils les autres&nbsp;? C\u2019\u00e9tait l\u2019hiver dehors, \u00e0 s\u2019enfoncer dans la neige (cette profondeur qui n\u2019\u00e9tait que surface verticale et froide). Ils \u00e9taient rest\u00e9s chez eux, au chaud, tous les autres, sauf un, le seul \u00e0 \u00eatre venu plut\u00f4t qu\u2019aller \u00e0 la maternit\u00e9 o\u00f9 une femme accouchait. La le\u00e7on lui semblait ne pouvoir \u00eatre manqu\u00e9e, irrattrapable. Ferait-elle cours pour un seul&nbsp;? Le code l\u2019interdit, mais il \u00e9tait l\u00e0, elle \u00e9tait venue, et commen\u00e7a, d\u00e9ballant crayons et r\u00e8gles. Elle oublia, ou feignit d\u2019oublier, le jour de honte o\u00f9 ce m\u00e9chant, aux autres assembl\u00e9s, d\u00e9clinait la liste des trois ou quatre qu\u2019il n\u2019aimait pas. Il s\u2019entendit la nommer, tout fort, et aussit\u00f4t comprit qu\u2019elle \u00e9tait l\u00e0, parmi ceux qui l\u2019\u00e9coutaient. Un trou s\u2019\u00e9tait fait \u00e0 la place de celle qu\u2019il disait ne pas aimer, comme si elle n\u2019y avait pas \u00e9t\u00e9, jamais, \u00e0 sa place \u00e0 lui qui avait dit l\u2019irr\u00e9m\u00e9diable. Plusieurs fois enfant, dans un couloir d\u2019\u00e9cole, disant du mal du ma\u00eetre, et se retournant, il \u00e9tait l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fit l\u2019obscurit\u00e9 avec le drap blanc tendu (et brod\u00e9 \u00e0 ses initiales) devant la fen\u00eatre, \u00e0 moins que la nuit ne f\u00fbt tomb\u00e9e dehors sur la neige blanche. On passa derri\u00e8re le vieux projecteur \u00e0 images fixes. Elle disait dia, lui diapo, comme cin\u00e9 ou cin\u00e9ma. Le ventilateur ronflait. Dans le faisceau de lumi\u00e8re blanche qui d\u00e9bordait le drap tendu, o\u00f9 se d\u00e9coupait un cadre vide en attente, vibrionnaient des particules poudreuses en suspension. Elle commentait en voix off, se faisait plus intime, analysait <em>son v\u00e9cu<\/em>, racontait la premi\u00e8re fois, derri\u00e8re le mur du cimeti\u00e8re qui enceignait l\u2019\u00e9glise, l\u2019avortement en seconde. L\u00e0, c\u2019est la For\u00eat Noire. Elle en For\u00eat Noire. Elle en gros plan, la For\u00eat Noire derri\u00e8re, cach\u00e9e. C\u2019\u00e9tait toujours elle, rien qu\u2019elle, avec un paysage pour fond tr\u00e8s lointain. Ce qui frappait, c\u2019\u00e9tait l\u2019harmonie absolue des couleurs entre elle et alentour&nbsp;: elle portait un tissu compl\u00e9mentaire du d\u00e9cor. Elle changeait de tenue \u00e0 chaque pause, \u00e0 moins qu\u2019elle ne pr\u00eet sur elle spontan\u00e9ment la coloration du milieu, ou que le paysage o\u00f9 elle s\u2019incrustait ne se teign\u00eet, en faire-valoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Vint s\u2019introduire une photo de neige, l\u2019\u00e9glise d\u2019O, comme ces bibelots qu\u2019on retourne pour faire neiger, Puy de D\u00f4me, sise au fond du frais vallon qu\u2019arrose le Sioulet. Sa fl\u00e8che a \u00e9t\u00e9 raccourcie au XIXe&nbsp;si\u00e8cle. On y voit en ex-voto des cha\u00eenes de captifs d\u00e9livr\u00e9s ou de crois\u00e9s prisonniers. Le ma\u00eetre-autel repose sur des pieds de serpentine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y eut un long arr\u00eat sur image. Le ventilateur de surchauffe s\u2019affolait, l\u2019index du voltm\u00e8tre entrait dans le rouge. La neige du dehors filtrait en dedans, \u00e0 travers le drap tendu brod\u00e9 \u00e0 son chiffre, la dia surexpos\u00e9e de l\u2019autre hiver se r\u00e9pandait dans la classe, la poudreuse du faisceau s\u2019accumulait dans le cadre, noyait d\u2019un bleut\u00e9 froid la fl\u00e8che, le chevet, les ar\u00eates de pierre. Maintenant pass\u00e9s entre le projecteur et le drap, les corps expos\u00e9s \u00e0 cru dans le c\u00f4ne, d\u2019abord s\u2019\u00e9taient d\u00e9coup\u00e9s en ombre puis allaient s\u2019harmoniant au blanc universel d\u2019une poudre de riz fade o\u00f9 l\u2019on s\u2019enfonce. Dans son cadre de carton, le cellulo\u00efd se mit \u00e0 claquer, d\u2019un tremblement nerveux qui d\u00e9structurait les derni\u00e8res formes identifiables. Le ventilateur ronflait en couvrant les souffles.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le froid qui sourdait du drap, joint \u00e0 la trop grande chaleur de la lampe, faisait que le pied se r\u00e9tractait, et rien de ce qui s\u2019enfon\u00e7ait ne touchait au fond. La s\u00e9ance de travaux pratiques confirmait la th\u00e9orie, que la seule profondeur, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>On frappait \u00e0 la porte, l\u2019inspectrice sans doute, relev\u00e9e de ses couches, venue l\u00e0 quand on ne l\u2019attendait pas. On se figea.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Nouvelle revue fran\u00e7aise<\/em>, n\u00b0&nbsp;506, mars 1995, p.&nbsp;59-63, sous le pseudonyme de Philippe Belval.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>n \/ 13 Premi\u00e8re Cette premi\u00e8re-l\u00e0, je me le rappelle, il s\u2019en trouve un r\u00e9cit mot \u00e0 mot dans un journal du temps, sans publicit\u00e9. 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