{"id":299,"date":"2025-05-24T13:45:08","date_gmt":"2025-05-24T11:45:08","guid":{"rendered":"https:\/\/yvanleclerc.org\/?p=299"},"modified":"2025-05-29T21:47:02","modified_gmt":"2025-05-29T19:47:02","slug":"courtes-proses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yvanleclerc.org\/index.php\/2025\/05\/24\/courtes-proses\/","title":{"rendered":"Courtes proses"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 la non personne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Sable<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il r\u00e8gle son rythme sur son pas \u00e0 elle, sans qu\u2019elle se rende compte. Elle voudrait courir aussi vite que lui. Dans quinze ans, elle aura le double de son \u00e2ge, \u00e0 lui. Elle calcule en courant, compte un-deux chaque foul\u00e9e, et pose l\u2019op\u00e9ration \u00e0 une inconnue. \u2014 C\u2019est elle, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Ils ne se regardent pas, on se voit de biais, et du coin de l\u2019\u0153il qu\u2019\u00e9changent ceux qui marchent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, ne se parlent pas. Il a dit, avant de partir&nbsp;: on ne parle pas, on court. Mais rarement le p\u00e8re parle, m\u00eame en marchant, m\u00eame \u00e0 table. Il m\u00e9nage son souffle, comme un coureur dans la t\u00eate. Il respire profond\u00e9ment, aspire, inspire, expire, m\u00eame assis. Tu ne dis rien. Parle. Mais non. Quoi dire qui vaille&nbsp;? Il attend l\u2019occasion de parler, la chose \u00e0 dire.<br>Elle est tomb\u00e9e parmi les faux-oursins et les poissons morts pris dans les algues, avant le blockhaus. C\u2019est de sa faute \u00e0 lui, elle est all\u00e9e au bout de ses forces, vent de face. Il aurait voulu qu\u2019elle f\u00fbt plus lourde, que le sable s\u2019enfon\u00e7\u00e2t sous leurs deux poids additionn\u00e9s, qu\u2019il y e\u00fbt un vrai d\u00e9sert \u00e0 traverser et non ces cent m\u00e8tres faciles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Du jour<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle lisait <em>Elle<\/em>, il lisait <em>Lui<\/em>, et ils en avaient ri longtemps comme d\u2019une blague du sort. Apr\u00e8s, ils avaient lu <em>Nous Deux<\/em>, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, en s\u2019attendant \u00e0 la derni\u00e8re vignette pour tourner la page. Ils s\u2019\u00e9taient abonn\u00e9s au magazine <em>Parents, Ma maison mon jardin. <\/em>Maintenant, les enfants se trouvaient dans la fourchette d\u2019\u00e2ge pour recevoir <em>J\u2019aime lire<\/em> et <em>Je bouquine. <\/em>Chacun dans son coin, lui lisait son journal, elle un mensuel pour femmes plus jeunes. Les quotidiens s\u2019entassaient au jour le jour, les hebdomadaires \u00e0 la petite semaine. De temps en temps, il en faisait un paquet, \u00e0 jeter. Un jour, il avait surpris son fils avec <em>Penthouse<\/em>. Les filles \u00e9changeaient <em>20&nbsp;ans <\/em>contre <em>J &amp; J<\/em>. Elles en tiraient des sujets de conversation sur la vie, les gar\u00e7ons, le reste. Pour son anniversaire, ses grands enfants lui avaient offert le journal du jour de sa naissance. Il s\u2019en \u00e9tait pass\u00e9 des choses, ce jour-l\u00e0, sans compter l\u2019\u00e9v\u00e9nement de sa naissance, qui n\u2019\u00e9tait pas not\u00e9 dans le journal. Il n\u2019est pas facile d\u2019imaginer que le jour o\u00f9 on est venu au monde, quelque chose d\u2019autre se soit pass\u00e9 d\u2019important. C\u2019\u00e9tait un vieux journal, jaune. Sa peau devenait couleur du papier. Il \u00e9tait aussi vieux que le journal du jour de sa naissance. D\u00e9pli\u00e9, lu une fois, repli\u00e9 dans ses pliures, le journal s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 de vieillir, comme ce qui ne sert qu\u2019une fois. Le journal lui survivrait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019ivre<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle dormait comme on boit, des heures de sommeil autant que des litres d\u2019un alcool fort, elle dormait comme un trou. Au matin gris, le r\u00e9veil la laissait bris\u00e9e l\u00e0, les m\u00e8ches d\u00e9faites, du bois dans la bouche.<br>Un jour, \u00e0 la radio, un psy donna un nom \u00e0 \u00e7a, l\u2019ivresse du sommeil.<br>C\u2019\u00e9tait \u00e7a, exactement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Seul<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Orphelin moi monsieur, commen\u00e7ait-il, de m\u00e8re \u00e0 seize ans et de p\u00e8re le jour de mon vingti\u00e8me anniversaire, un cadeau, pr\u00e9cisait-il, et il ajoutait \u00e0 tout le monde n\u2019est pas donn\u00e9e la chance d\u2019\u00eatre un enfant trouv\u00e9, troisi\u00e8me apr\u00e8s deux fr\u00e8re et s\u0153ur, elle morte de la mort subite du nourrisson, lui sous un train, glissade ou suicide on n\u2019a pas su, divorc\u00e9 d\u2019une premi\u00e8re femme sans descendance, veuf d\u2019une deuxi\u00e8me, s\u00e9par\u00e9 d\u2019une concubine qui abusait de son nom, p\u00e8re de deux enfants d\u2019un second lit, un gar\u00e7on, une fille qu\u2019il avait tu\u00e9s dans un accident de voiture, il n\u2019y \u00e9tait pour rien corrigeait-il, unique rescap\u00e9 de la catastrophe a\u00e9rienne du vol&nbsp;737 en d\u00e9cembre 199*, c\u2019\u00e9tait lui, et maintenant seul, tout seul, r\u00e9p\u00e9tait-il. D\u00e9li\u00e9, d\u00e9tach\u00e9. Sans fils.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Noir<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voir les choses telles qu\u2019elles sont. Un esprit sain dans un corps sain permet de voir sainement ce qui se passe dans un monde en bonne sant\u00e9. Son \u00e9tat d\u00e9pressif, dit son entourage, fausse sa perception de la r\u00e9alit\u00e9, noircit les \u00e9v\u00e9nements, d\u00e9figure les gens. Mais non, r\u00e9pond-il, ce n\u2019est pas parce qu\u2019il est d\u00e9pressif que la vie se tache de noir. Au contraire, c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9, elle-m\u00eame fortement d\u00e9prim\u00e9e et d\u00e9primante, qui a engendr\u00e9 en lui cet \u00e9tat d\u2019esprit appropri\u00e9, le seul qui permette d\u2019envisager le monde comme il va, et il va mal. Jamais il n\u2019a vu aussi juste que du fond de sa d\u00e9pression, jamais il n\u2019a compris avec autant d\u2019acuit\u00e9 les m\u00e9canismes qui agissent en lui et hors de lui, sur les places \u00e9conomiques o\u00f9 se pr\u00e9pare l\u2019autre grande d\u00e9pression d\u2019un autre jeudi noir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Premier acte<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin, commence-il, j\u2019ai nui \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, tr\u00e8s peu certes, \u00e0 mon \u00e9chelle, modeste, mais quand m\u00eame suffisamment, dans la limite de mes moyens, pour entrer serein dans une journ\u00e9e qui ne sera pas tout \u00e0 fait perdue. Je me suis <em>ras\u00e9<\/em>, vous saisissez&nbsp;? Pour saisir, vous saisissez, vous le regardez passer le dos de sa main sur sa joue sans barbe, mais vous ne comprenez pas bien les tenants et les aboutissants de ce simple geste priv\u00e9, se raser, qu\u2019accomplissent tous les hommes chaque matin, ni en quoi il peut causer une nuisance \u00e0 l\u2019humanit\u00e9. R\u00e9fl\u00e9chissez, je vous mets sur la voie, je vous donne presque la r\u00e9ponse si je vous dis que je ne me rase pas avec un rasoir <em>\u00e9lectrique<\/em>. Vous me suivez&nbsp;? Je me rase comme autrefois avec un rasoir m\u00e9canique \u00e0 lames et donc, vous me voyez venir, j\u2019utilise une mousse \u00e0 raser en bombe a\u00e9rosol. Vous y \u00eates, maintenant&nbsp;? Ce matin, j\u2019ai fait un trou dans la couche d\u2019ozone en me rasant. Et il part d\u2019un petit rire suraigu, qui fait un trou dans le tympan, aussi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Poste pour poste<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il posta quatre enveloppes, deux dans la bo\u00eete de gauche, Province, et deux dans celle de droite, Paris uniquement. Les deux jet\u00e9es par la premi\u00e8re fente se terminaient par les m\u00eames mots, \u00ab&nbsp;Je vous aime&nbsp;\u00bb, \u00e0 la diff\u00e9rence toutefois que sur une carte repr\u00e9sentant une chatte avec ses deux chatons, le <em>vous <\/em>collectif s\u2019adressait \u00e0 trois personnes qu\u2019il tutoyait&nbsp;; le second <em>vous<\/em>, au bas de la lettre, c\u2019\u00e9tait \u00e0 quelqu\u2019un qu\u2019il vouvoyait, depuis peu, apr\u00e8s lui avoir dit \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb un an et trente-trois jours. Les deux enveloppes destin\u00e9es \u00e0 Paris diff\u00e9raient par le contenu, inutile d\u2019insister, mais surtout par la pr\u00e9sentation&nbsp;: la sulfureuse se pr\u00e9sentait sur un papier pli\u00e9 en deux, l\u2019autre prenait toute la page, dans le sens de la hauteur. Auparavant, il avait pris la photocopie de deux sur les quatre, afin de grossir des archives, en faisant bien attention de remettre les originaux, non les doubles, dans leurs enveloppes respectives. Au moment de les glisser deux par deux (de les \u00ab&nbsp;dispatcher&nbsp;\u00bb, c\u2019\u00e9tait son mot, il disait \u00ab&nbsp;dispatch&nbsp;\u00bb, et le mot provoquait une petite d\u00e9flagration), il h\u00e9sita, comme si elles couraient le risque d\u2019\u00e9changer leur contenu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Pardessus<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait bien dans son pardessus avec des poches partout, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, et m\u00eame dans l\u2019\u00e9paisseur de la doublure, les unes fermant par un bouton, les autres de tailles variables, tellement nombreuses qu\u2019on ne savait plus o\u00f9 l\u2019on avait rang\u00e9 ceci et cela, mais il \u00e9tait s\u00fbr que tout y \u00e9tait, il transportait dedans le contenu de tous ses tiroirs, comme une femme aim\u00e9e jadis dont le projet \u00e9tait de faire tenir tout son <em>n\u00e9cessaire<\/em> dans son sac \u00e0 dos, pas m\u00eame un sac de voyage, non, une grosse bourse flasque en cuir. \u2014 Les poches \u00e9taient si nombreuses qu\u2019il aurait fallu un plan de circulation, comme ces vestes \u00e0 anti-s\u00e8ches, vendues aux candidats avec mode d\u2019emploi, comment retrouver sinon la bonne r\u00e9ponse dans la bonne poche&nbsp;?<br>Ce qu\u2019il aimait aussi par-dessus tout, c\u2019\u00e9tait le col qui montait haut et lui chatouillait le nez.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Traits de caract\u00e8re<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand il dit ceci, peu de temps se passe avant qu\u2019il en vienne \u00e0 dire cela, et cela contredit ceci. Ainsi a-t-il, en deux mots, tout dit sur la question. C\u2019est un homme qu\u2019on prend rarement en d\u00e9faut. G\u00e9n\u00e9ralement, on pense de lui&nbsp;: il a le vice du versa, comme d\u2019autres ont les d\u00e9fauts de leurs qualit\u00e9s, ou pire, les qualit\u00e9s de leurs d\u00e9fauts. On l\u2019aime bien quand m\u00eame. Il est entier.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>File d\u2019attente<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il fait la queue, longtemps, aux caisses, aux guichets, partout o\u00f9 il y a \u00e0 attendre. Il mise toujours sur la <em>mauvaise<\/em> file. Il choisit pourtant la plus courte, mais l\u00e0 o\u00f9 il se place, un blocage survient, la caisse qui tombe en panne, une \u00e9tiquette manquante, un article non pes\u00e9, etc. Il attend, il attend, il pense \u00e0 la guerre qu\u2019il n\u2019a pas connue, aux pays de l\u2019Est o\u00f9 il n\u2019a pas habit\u00e9, les journ\u00e9es d\u2019attente dans le froid avec un ticket de rationnement en poche. Il attend pour rapporter quelque chose \u00e0 la maison, <em>car les petits enfants ont faim. <\/em>Au moins, il n\u2019a pas \u00e0 craindre que les rayons soient vides quand ce sera son tour. C\u2019est l\u2019abondance, il y en a pour tout le monde, et donc pour lui. Il avance vers le but, le but se rapproche, il y a de moins en moins de monde entre le but et lui, la queue se raccourcit, il n\u2019y a plus qu\u2019une personne avant qu\u2019il touche au but, c\u2019est son tour venu. C\u2019est alors qu\u2019il s\u2019en va, il n\u2019en peut plus d\u2019attendre, il ne peut plus attendre, il a assez attendu, il a atteint la limite humaine de la patience chez un homme qui attend, il n\u2019attendra pas une seconde de plus. Ce qu\u2019il veut, ce qu\u2019on peut pour lui, non il reviendra plus tard, quand il y aura moins de monde, deux ou trois personnes seulement, pendant une heure creuse, et qu\u2019il aura moins \u00e0 attendre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Ou bien<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a deux fa\u00e7ons de conna\u00eetre les hommes, disait-il&nbsp;: marcher devant soi \u00e0 leur poursuite, ou s\u2019asseoir en attendant qu\u2019ils passent, les uns derri\u00e8re les autres.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Qui&nbsp;?<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand il rencontre quelqu\u2019un pour la premi\u00e8re fois, il se demande tout de suite qui il ou elle lui rappelle, avec quelle figure de prochain ou de lointain, de son enfance ou d\u2019un pass\u00e9 plus r\u00e9cent il ou elle risque de se confondre \u2014 afin d\u2019\u00e9viter \u00e7a, justement, cette r\u00e9duction de l\u2019inconnu au trop connu. Et d\u00e8s que dans la rue de Paris il croit reconna\u00eetre quelqu\u2019un de son village, il regagne tr\u00e8s vite sa studette au septi\u00e8me&nbsp;: c\u2019est le signal, ce ph\u00e9nom\u00e8ne de paramn\u00e9sie ou de fausse reconnaissance, le sympt\u00f4me d\u2019une tr\u00e8s grande fatigue ou de la d\u00e9pression qui vient.<br>Quand il se parle \u00e0 lui-m\u00eame, c\u2019est \u00e0 la troisi\u00e8me personne, la non personne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Maigre<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On l\u00e8ve une fille maigre, pauvre, affam\u00e9e, une viveuse rong\u00e9e de nuits, d\u2019alcool, de drogue et de drague, \u00e0 la fois ou au choix. Elle se fixe, se calme, se repose sur vous, s\u2019embourgeoise, on la rend heureuse, on l\u2019engrosse, et voici qu\u2019elle grossit. Et l\u2019amour meurt. En allant chercher une bo\u00eete d\u2019allumette, on lui laisse un papier bleu sur lequel on a recopi\u00e9 une fus\u00e9e de Baudelaire&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;La maigreur est plus nue, plus ind\u00e9cente que la graisse&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Rencontre<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pull and push, simultan\u00e9ment. Cette fa\u00e7on rien qu\u2019\u00e0 lui, en prenant votre main entre les deux siennes (horreur de ce toucher \u00e0 double face), de vous tirer \u00e0 lui tout en vous repoussant d\u2019un l\u00e9ger \u00e9cart du coude, les deux en m\u00eame temps.<br>Autre abord&nbsp;: prouvez-le moi, que vous existez. Et il \u00e9tend la main direct vers vous. Juste \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 vous pressentez le contact, il d\u00e9vie l\u00e9g\u00e8rement le geste, selon l\u2019angle de r\u00e9fraction d\u2019un b\u00e2ton plong\u00e9 dans l\u2019eau, et sa main se rencontre avec du vide. Vous voyez bien.<br>Comment \u00eates-vous, ce matin-l\u00e0, bien bien, pareil. Mais il suffit que lui pose la rituelle question sans r\u00e9ponse&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c7a va&nbsp;?&nbsp;\u00bb, insiste, en vous plantant ses deux yeux durs dans vos yeux sans protection, en vous prenant la main dans les deux siennes, comme il fait, comme s\u2019\u00e9ternisant pour une photo historique devant cinquante photographes, serrant, secouant votre main sans la l\u00e2cher, et toujours ses yeux dans vos yeux, redoublant sa question&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c7a va&nbsp;? \u00e7a va&nbsp;?&nbsp;\u00bb, insidieusement, pour que vous r\u00e9alisez alors que la question se pose, que la r\u00e9ponse par l\u2019affirmative que vous teniez machinalement pr\u00eate n\u2019est pas celle qui convient \u00e0 la situation nouvellement cr\u00e9\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>De ma fen\u00eatre<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A partir du rectangle blanc sous la lampe, je vois \u2014<br>En face \u2014 un mur gris, montant haut, sans ciel \u2014 d\u00e9limit\u00e9 par une colonne blanche dans sa partie sup\u00e9rieure incurv\u00e9e en arche, ouvrant sur une vo\u00fbte coup\u00e9e par le dormant de la fen\u00eatre, autre colonne parall\u00e8le \u2014<br>Un peu tourn\u00e9 vers la gauche \u2014 le quadrillage d\u2019une crois\u00e9e aux huit verres d\u00e9polis \u2014 sauf un, en bas \u00e0 droite, cass\u00e9, remplac\u00e9 par une vitre, mon judas, qui d\u00e9coupe un avant de voiture, une aile blanche, appartenant \u00e0 une fille qui encadre \u00e0 heures fixes ses jambes, un avant-bras, jamais de visage \u2014 vers le haut, dans deux verres transparents, tr\u00e8s au-dessus du niveau d\u2019un homme moyen, se d\u00e9limite un triangle de ciel, de couleur variable, aujourd\u2019hui bleu avec un peu de blanc mass\u00e9 \u00e0 la pointe, tombant \u00e0 la s\u00e9paration des vitres \u2014 dont les c\u00f4t\u00e9s, \u00e9gaux, suivent le fa\u00eete zingu\u00e9 du mur et les volumes d\u00e9croch\u00e9s d\u2019un toit en ardoise \u2014 une petite chemin\u00e9e d\u2019a\u00e9ration pointe un doigt vers le ciel qui s\u2019arr\u00eate l\u00e0 \u2014<br>La t\u00eate tourn\u00e9e compl\u00e8tement \u00e0 gauche, de profil, c\u2019est autre chose \u2014 la pierre travaill\u00e9e d\u2019une \u00e9glise \u2014 je l\u2019entends sonner quatre fois l\u2019heure \u2014 juste une pointe d\u2019ogive, un contrefort \u00e0 fleurons \u2014 est-ce le mot&nbsp;? \u2014 un trou o\u00f9 vont et viennent les pigeons \u2014<br>C\u2019est tout pour dehors, aujourd\u2019hui \u2014<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la non personne Sable Il r\u00e8gle son rythme sur son pas \u00e0 elle, sans qu\u2019elle se rende compte. 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